Manhattan : A Story of Boy Meets Girl…and it’s boring.

Près de 38 ans après sa sortie, Manhattan reste encore aujourd’hui considéré comme le meilleur film du très prolifique Woody Allen. La pierre angulaire de son art et de sa vision du couple qu’il distille chaque année dans une production réunissant un casting de haut vol pour des comédies romantiques aux quatre coins du monde. Voir pour la première fois Manhattan aujourd’hui après avoir été gavé de comédies romantiques audacieuses depuis des années semblait un challenge ardu. Et en effet, plus que jamais, le film sonne creux.

« Tu ne fumes pas. – Je sais que je ne fume pas. Je n’avale pas la fumée parce que ça donne le cancer ».

La carte y est pourtant alléchante.  Deux ans après Annie Hall et ses 4 oscars, Woody Allen réitère une nouvelle histoire d’amour dans cette ville qu’il chérit tant, New York.

Scénariste, Isaac Davis (Woody Allen) vit sa petite vie new-yorkaise entre sorties avec ses amis, les visites aux musées et les parties de basket avec son fils.  Encore touché par son divorce d’avec Jill (Meryl Streep), il batifole sans grande conviction avec Tracy (Muriel Hemingway),  une jeune fille de 17 ans. Pourtant la rencontre avec Mary, la maîtresse de son meilleur ami Yale (Michael Murphy), interprétée par Diane Keaton va bouleverser son quotidien et son coeur.

Allons droit au but, même s’il n’en a selon certains pas l’aspect, Manhattan est une comédie romantique. Le film raconte une histoire d’amour naissante et répond aux codes du genre. De la première rencontre (le “Meet cute”, comme l’a défini le critique Roger Ebert), aux péripéties comiques qui s’en suivent. Pourtant si elle devrait être centrale, l’intrigue amoureuse ne décolle pas. Et pour cause, ce n’est pas elle la véritable clef de voûte du film.

La recette du personnage campé par Woody Allen est connue et Manhattan n’y déroge pas : le réalisateur campe le personnage d’Isaac Davis. Un écrivain maudit, anti-héros misanthrope, et maladroit. Tout le contraire de ce qu’on pourrait penser trouver dans une romance. Et pourtant il réussit à séduire, beaucoup même. Cependant il n’en reste pas moins quelqu’un de paranoïaque et surtout un homme volage. Ce bohémien a beau se plaindre sans arrêt d’être pauvre, cela ne l’empêche pas d’enchaîner les sorties cinéma, musées et squash. Ce personnage si symbolique du citadin névrosé de la fin du XXe siècle cher à Allen, accapare finalement toute l’attention du spectateur et pose l’histoire d’amour au second plan. On ne se prend aucunement d’affection pour le couple naissant entre lui et Mary et on se contente de l’écouter enchaîner les discussions cyniques et à tendance onaniste, en espérant y décrocher un sourire de temps en temps. Ce qui finit bien sûr par arriver à force de mitrailler la cible. Sur la centaine de punchlines d’humour absurde distribués par les protagonistes, quelques une touchent juste et on s’empressera de la noter dans un petit coin de sa tête afin de la ressortir au prochain repas de famille. Finalement, il est paradoxal de voir que les personnages les plus intéressants du film sont bien la jeune Tracy et l’ex-femme d’Isaac campé par une Meryl Streep acerbe et qui n’hésite pas à remettre le citadin à sa place.

Évidemment, un tel personnage apparaît comme une critique de la part d’Allen du milieu élitiste new-yorkais dont il est lui même issu. Cette élite qui n’hésite pas à intellectualiser tous ses petits problèmes sans prendre le temps de les résoudre. Mais même sous le prisme du second degré, un personnage mauvais reste mauvais.

« Ne me psychanalysez pas, j’ai un médecin pour ça »

 

 Tout n’est pourtant pas à jeter . Il est évident que Manhattan est une véritable lettre d’amour à la ville de New York. Dés la scène d’intro sous l’air de Rhapsody in Blue, l’esthétique du film et son choix du noir et blanc fonctionne à merveille. Comme d’autres cinéastes avant lui, Woody Allen prouve bien que la Grosse Pomme ne sera jamais plus belle que sous ce duochrome. Les diners, le pont de Queensboro, le planétarium de Central Park… Tous ces lieux iconiques transparaissent à travers le jeu d’ombre et de lumière et donnent une impression qu’il n’y a pas plus de temporalité. Que cette ville qui ne trouve réellement jamais le sommeil. Et si finalement c’était elle, le véritable amour ?

Si la grande majorité de l’histoire tombe à l’eau, les deux dernières séquences du film elles, touchent la corde sensible. En ce demandant ce qui fait que la vie vaut d’être vécue, Woody Allen énumère les oeuvres d’art qui le touche particulièrement, et cela jusqu’à arriver à celle qui fait tout basculer, le visage de Tracy. En enchaînant avec l’ultime dialogue du film, Woody Allen parvient tout de même à faire passer son message, de tordre les croyances de son alter ego filmique. Celui de s’être trompé dès le départ. “You have to have a little faith in people.”

Sorti en 1979, Manhattan était sûrement en avance sur son temps. Mais aujourd’hui il est indéniable que le film ne marche plus. Au mieux, daté, au pire mauvais selon les affinités, il est vrai qu’il est difficile de se prendre d’affection pour un tel film après avoir goûté à d’autres oeuvres comme Quand Harry rencontre Sally, 500 jours ensemble, Punch-Drunk Love, Love actually, High Fidelity, et bien d’autres comédies romantiques qui ont chacune à leur manière « un peu de Manhattan », mais qui ont su concrétiser leur spécificité dans ce genre si particulier qu’est la comédie romantique.

Manhattan (1979)

Réalisé par Woody Allen

Avec Woody Allen, Diane Keaton, Meryl Streep.

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